Oubliés de nos campagnes

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Une exposition organisée par le Secours Catholique et l'agence MYOP

Le Secours Catholique-Caritas France et l’agence MYOP présentent

OUBLIÉS DE NOS CAMPAGNES

Une exposition photographique sur la précarité en milieu rural.
Fidèle à sa devise : « être près de ceux qui sont loin de tout », le Secours Catholique-Caritas France a choisi cinq photographes de l’agence M.Y.O.P pour donner à voir une autre réalité de la précarité en milieu rural. L’exposition Oubliés de nos campagnes est une série de rencontres avec des hommes et des femmes, ruraux de souche ou néo ruraux, visages pluriels de cette précarité.

Cette exposition souhaite mettre en lumière ceux qui sont trop souvent dans l’ombre et favoriser une prise de conscience du phénomène grandissant de la précarité en milieu rural.

La diagonale du vide

Par Lionel Charrier et Alain Keler

Du Nord-est au Sud-ouest de la France, de Givet (08) à Arreau (65), Lionel Charrier et Alain Keler ont parcouru en tandem, la « diagonale du vide », zone particulièrement touchée par l’exode rural. Loin des grandes villes, la dureté de la crise est bien là. En Champagne, Marie, postière et mère célibataire d’une adolescente, n’arrive plus à joindre les deux bouts. Dans les Ardennes, Manfred, s’est installé dans un village à la recherche d’un loyer abordable, mais il n’a jamais travaillé et n’a ni voiture, ni permis. Dans le Cantal, Jean-Pierre, agriculteur célibataire, travaille sans relâche 365 jours par an. Dans la Nièvre, Christine fait partie des retraités isolés qui vivent avec moins de 500 euros par mois. Dans la Creuse, Elie, ancien SDF, patriarche d’une famille de sept enfants, attend son micro crédit pour un camion d’occasion. Dans les Landes, Jean-Marie vit en caravane près d’un étang depuis 25 ans, mais est menacé d’expulsion... Certains sont chômeurs, d’autres ont connu ce qu’ils nomment avec pudeur « des accidents de la vie ». Ils cherchent à boucler le mois, chaque mois. Parfois hantés par le risque du surendettement, ils veulent que leurs enfants étudient. Des Ardennes aux Hautes-Pyrénées, Lionel Charrier, en numérique et en couleurs, et Alain Keler, en argentique et en noir et blanc, sont allés à la rencontre des plus fragiles, ceux qui, dans leur isolement, oscillent entre désarroi et projets de (sur)vie. Une pauvreté méconnue dans cette France transversale des petites routes champêtres. Derrière la douceur des paysages, ce périple dévoile l’autre visage de nos campagnes


Ester et Armando

Par Olivier Jobard

Les Molinares ont subit de plein fouet la crise espagnole. En 2010, Armando est licencié sans préavis alors qu’il est ambulancier, tout comme sa femme Ester, qui travaille dans une maison de retraite. N’arrivant plus à joindre les deux bouts, le couple se fait expulser et est obligé de tout vendre... Ils partent alors s’installer avec leurs enfants chez les grands-parents en Andalousie. Malgré tous ces efforts, ils se retrouvent à nouveau sans argent et toujours sans emploi. Partir en France devient leur dernier espoir de trouver un travail. Ce choix les oblige à se séparer de leurs deux enfants de 10 et 13 ans pendant plus de cinq mois, le temps de la saison des récoltes. Le couple vend sa voiture pour acheter une vieille fourgonnette, dans laquelle ils pourront dormir sur la route. Mais l’argent économisé est encore insuffisant, ils sont obligés de faire la manche pour payer l’essence qui leur permettra d’arriver dans la Drôme. La saison de la cueillette des fruits à Tain l’Hermitage commence avec plusieurs semaines de retard. Ce mois de mai, enfermés sous la tente à cause du mauvais temps, est le plus long. L’humidité, l’inconfort de la tente et les quotas à tenir provoquent rhumatismes et sciatique chez Ester. Elle est clouée au lit pendant plusieurs jours mais n’a d’autre choix que de finir la saison. Le couple aurait trop honte de rentrer les mains vides sans pouvoir payer la scolarité des enfants.

De plus en plus d’Espagnols viennent en France pour un travail saisonnier. En 2012 ils étaient plus de 56 000 à avoir quitter le pays. A l’heure de la mondialisation, les « laissés-pour compte » de l’Espace Schengen se réfugient dans les pays moins touchés par la crise. La famille Molinares représente ce nouveau visage de la précarité dans nos campagnes : le visage européen.


Ruptures

Par Pierre Hybre

Pour le projet des "oubliés de nos campagnes", Pierre Hybre a choisi un petit territoire singulier, une modeste ville des Pyrénées ariègeoises, ultime refuge pour des individus en marge. Saint-Girons est située dans un département rural, l’un des moins peuplé de France et l’un des plus pauvres aussi. Nous sommes ici tout en bas de la France, impossible d’aller plus loin. C’est le bout de la route. Cette région rurale rassemble un ensemble hétérogène de personnes en situation de précarité. Des gens en rupture, des victimes de la désindustrialisation, du manque de travail, de l’isolement, des jeunes issus du monde agricole sans qualification mais aussi des habitants qui s’inscrivent dans un processus de décroissance. Saint-Girons attire des personnes qui ne pouvaient plus vivre dans leur région d’origine. On y sent un esprit alternatif. La marginalité est ici largement tolérée par la population locale. Une petite population de néo-ruraux est disséminée dans les vallées et collines alentours. La ville attire ainsi un nombre important de sans domiciles fixes ou d’individus qui vivent à l’écart de la société de consommation. Echoués à Saint-Girons.


La vallée des oubliés

Par Ulrich Lebeuf

L’histoire commence avec les usines Saint Frères. En 1911, l’entreprise compte 17 usines, dont 13 dans la Somme qui emploient 9 000 personnes. L’entreprise gérait les Prévoyances (magasins coopératifs), les crèches, les écoles et la maternité de Flixecourt, des centres de vacances et des formations. « De toutes façons, on naissait Saint Frères, on mourait Saint Frères » (Pierre, ouvrier polyvalent de 1930 et 1982). L’entreprise ferme définitivement en 1984. Depuis 30 ans, les usines de la Somme périclitent les unes après les autres. Aujourd’hui, c’est l’usine Goodyear qui cherche repreneur. Actuellement le taux de chômage est nettement plus élevé dans cette vallée que la moyenne nationale. Le manque de travail a détruit les ménages, l’isolement a fait le reste. Dans les familles, on en est parfois à la troisième génération de chômeurs. Les problèmes d’alcool ont fait leur apparition, puis ceux de la drogue. Et certains sont simplement désespérés d’être les oubliés d’un monde ouvrier révolu.


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